Arafat Sadallah & Hallima Imane Zoubai

L’épreuve de l’exil peut avoir des formes et des significations multiples, presque aussi multiples que toutes les expériences solitaires et singulières de l’éloignement, du départ, et d’une rupture avec un monde d’avant. Cependant, les traits qui caractérisent cet état existentiel sont reconnaissables, sinon sentis et perçus, de manière universelle. Et cette dimension universelle implique nécessairement une poétique qui traduit cet état.

Bien que nous vivions, Imane et moi, singulièrement et à titre personnel des expériences de l’exil et du dépaysement, nous avons choisi de prendre cette question par une dimension qui relève nos expériences personnelles au niveau de ce qui est partageable et qui touche d’autres affects : ce qui crée une expérience perceptive et sensorielle commune.

Ainsi, l’idée qui anime notre projet, s’inscrivant dans le cadre de cette poétique de l’exil, provient d’un ensemble de rites et traditions qui caractérisent les structures élémentaires de la parenté dans la campagne marocaine. Les vestiges d’une tradition patriarcale et tribale gardent, sinon reprennent de manière symbolique, cette institution selon laquelle la femme mariée doit quitter la maison de ses parents et aller chez son mari dans un processus d’éloignement qui reprend tous les éléments d’une épreuve de l’exil : séparation, enfermement, nostalgie, mélancolie, mais aussi ouverture de l’horizon d’une nouvelle vie et de nouvelles possibilités. La jeune femme exilée emporte avec elle des objets, des souvenirs, des fragments de mémoire qui rappellent ses racines et inspirent ce qu’elle transmettra. Ces rites codifient aussi poétiquement (par les chants, par les tatouages et les parements cosmétiques) les étapes et les affects qui structurent ce trauma, la violence du passage vers une nouvelle vie et un nouveau champ de relations, et lui donnent sens dans l’existence de la femme mariée.

Nous allons reprendre à travers une installation cette reconstitution du sens de l’exil, sens forcément fragmentaire, cousu, travaillé par le deuil et par les projets d’une vie à venir. Cette installation s’approprie et replace un élément central de l’appareil domestique de la jeune mariée : l’armoire-vitrine qu’elle remplit par les cadeaux et ce qu’elle ramène de chez ses parents vers son nouveau chez soi. Cette armoire constitue une sorte de support idéal pour faire écho à la vie exilée, entre façade et endroits de réserve, cachettes de mémoires enfouis et précieux, parure déployée à la lumière du jour et des regards, et zones d’ombre où se love douleur et mélancolie.

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